BORN TO BE BLUE

de Robert Budreau
Royaume-Uni / Canada / Etats-Unis – 2015

Afin de lui rendre hommage, un producteur de Hollywood propose à Chet Baker, le légendaire trompettiste de jazz des années 1960, de tenir le premier rôle dans un long métrage consacré à sa vie. Pendant le tournage, Chet tombe éperdument amoureux de Jane, sa partenaire afro-américaine. Malheureusement, la production est arrêtée le jour où, sur un parking, Chet est passé à tabac. Anéanti, les mâchoires fracassées, l’artiste se replie sur lui- même, et son passé ravive ses démons. Jane réussit néanmoins à le convaincre d’aller de l’avant, de rester sobre et, grâce à la musique, de regagner la reconnaissance de ses pairs…

Auteur et réalisateur, Robert Budreau est à l’origine du projet Born To Be Blue. Son premier court-métrage expérimental en noir & blanc conçu en 2003 contenait déjà les germes du concept développé par Budreau dans son long-métrage, à savoir mélanger une esthétique onirique avec une narration jazz. Bien que fan de jazz depuis de longues années, ce n’est qu’il y a sept ans que Budreau découvrit l’histoire de la vie privée de Chet Baker, et s’aperçut qu’elle trouvait écho dans les thématiques récurrentes de ses films, celle de personnages masculins cherchant l’amour et la rédemption.

« Ce qui m’a tout d’abord attiré dans l’histoire de Chet Baker, ce sont deux choses : en premier lieu une sympathie pour le personnage via le fait qu’il ait été violemment agressé et cherche à faire son comeback malgré tout, et ensuite un élément surréaliste, à savoir qu’on lui a proposé de jouer son propre rôle dans un biopic qui n’a jamais vu le jour ». En effet, au début des années 1960, alors que Baker était emprisonné en Italie à cause de son addiction, le producteur Dino De Laurentiis lui proposa d’incarner son propre personnage. Le film ne fut jamais finalisé, mais il donna à Budreau l’idée de filmer son tournage, utilisant ce procédé pour capturer le côté improvisé du jazz et éviter les clichés habituels des biopics musicaux.

Selon la narration de Budreau, la vérité est aléatoire, et durant ses recherches il s’aperçut que Baker lui-même improvisait sur l’histoire de sa vie, racontant des versions différentes de sa mâchoire fracturée, par exemple. « Le fait que sa propre version de sa vie soit truffée de contradictions et d’improvisation m’a inspiré et m’a convaincu de rester fidèle à la musique ainsi qu’au personnage, qui comme Bob Dylan a créé son propre mythe, sa propre identité » explique Budreau.

Ce n’est que plus tard, durant la préproduction du film, qu’Ethan Hawke s’est impliqué dans le projet. Et c’est Hawke qui a proposé à Budreau d’improviser sur la vie de Chet, de créer une fiction historique. « Pour moi, on ne raconte pas comment était Chet mais plutôt comment on imagine qu’il a été » explique Ethan Hawke.

Dans la lignée de cette licence poétique, le scénario rassemble les caractéristiques de plusieurs des femmes de la vie de Chet en deux personnages, Jane et Elaine, toutes deux interprétées par Carmen Ejogo. Elle aussi considère que Born To Be Blue n’est pas un biopic. « Je crois que c’est plutôt une lettre d’amour à Chet Baker. Un film qui comprend l’essence du musicien qu’il était ». Pour le producteur Leonard Farlinger, l’âme du film est le génie musical de Chet qui jouait dans un style émotionnel très cru et sous-tendu par une grande noirceur et une profonde mélancolie qui a séduit le monde entier. « Encore aujourd’hui, ses performances rassemblent des millions d’internautes sur youtube, prouvant la persistance de son héritage et son impact sur la musique contemporaine ».

Pour Robert Budreau, choisir la texture musicale du film et sélectionner des chansons de Chet Baker pour complémenter la narration fut ce qu’il préféra faire dans le projet. « Il ne s’agissait pas de remplir le film de morceaux parfaitement maîtrisés. On devait voir l’évolution de Chet, l’entendre jouer mal parfois, ce qui constituait un gros challenge » admet le réalisateur.

David Braid : « Afin de rendre le jazz accessible au grand public, les chansons sélectionnées ont une unité thématique et accompagnent l’histoire. Et en plus, ce sont des chansons qui ne sont pas limitées aux fans de jazz. Dès le début du projet, on voulait qu’Ethan chante toutes ses parties vocales». Braid a vite compris que la meilleure manière d’être connecté musicalement était de l’être cinématographiquement. « On se devait d’être des acteurs et pas juste des musiciens. Notre génial trompettiste Kevin Turcotte mériterait l’Oscar pour ce qu’il a été capable d’exprimer avec son style brisé mais magnifique ».

Robert Budreau a chargé David Braid de monter un quartet avec Kevin Turcotte à la trompette. Dans le film, Turcotte double ainsi la trompette de Miles Davis et celle de Dizzy Gillespie. Leurs deux trompettes qui s’affrontent en improvisation dans le club de jazz sont jouées par un seul et unique musicien, Kevin Turcotte. Le quartet est complété par Steve Wallace à la basse et Terry Clarke à la batterie, qui joua avec Chet Baker et beaucoup d’autres pointures. Le fameux morceau Let’s Get Lost fut choisi pour représenter le côté west coast cool de la période 1950 et contraste avec le be-bop new-yorkais de Miles Davis et de Dizzy Gillespie. Baker n’a composé aucun de ses morceaux les plus connus. Il préférait réinterpréter à sa manière des classiques du répertoire américain. Les autres chansons sélectionnées pour le film furent donc des standards intemporels tirés du catalogue de Chet Baker comme Summertime, Over The Rainbow, There’s A Small Hotel et My Funny Valentine, chanté par Hawke.

Le dernier titre, I’ve Never Been In Love Before, fut enregistré en fin de production après de longues discussions entre le réalisateur et son acteur principal. : « Ethan voulait mettre en lumière une des caractéristiques les plus ironiques de Chet, à savoir son insistance à chanter des morceaux émouvants et nus qui donnaient l’impression au public qu’il était un romantique, alors qu’en fait il n’écrivait pas ses paroles mais les chantait comme si elles avaient été des notes de trompette ».

Dès l’implication d’Ethan Hawke dans le projet, la production lui offrit une trompette et lui arrangea des leçons à Toronto pour qu’il se familiarise avec l’instrument. Hawke : « Mon prof m’a dit que même si j’avais cinq ans devant moi, je ne jouerais jamais comme Chet, que c’était un rêve sans issue. Mais comme je m’étais préparé à incarner Chet Baker quand j’étais plus jeune, je me suis dit que d’une certaine façon, ça faisait déjà 16 ans que je me préparais à ça ». Pour chanter My Funny Valentine et I’ve Never Been In Love, Ethan a pris des cours de chant à New York avant d’aller les enregistrer à Brooklyn. Pour Robert Budreau : « Le premier jour d’enregistrement a été long et pénible, mais Ethan s’en est sorti et on était contents de savoir qu’on touchait au but. Sauf que le matin suivant, en arrivant au studio, on s’est aperçu que la session avait été effacée. Ça a été un coup dur et Ethan a du tout refaire. Mais il a été incroyable et il a rechanté les morceaux encore mieux que la première prise ».


photos © Kinovista / Caitlin Cronenberg

dimanche 28 janvier - 17.00

DIM 28 JAN 17.00

durée : 1h37
version originale sous-titrée
à partir de 14 ans

1 € (pas de vente en ligne)

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