MOONDOG À TRAVERS LE XXème SIÈCLE

Amaury Cornut

Dans le cadre d’un projet coopératif dédié à Moondog, initié par plusieurs structures culturelles au Pays de Lorient, nous accueillons une conférence passionnante intitulée « Moondog à travers le XXe siècle » d’Amaury Cornut, spécialiste passionné par la personnalité de ce compositeur et travaillant depuis 2009 à la promotion de l’œuvre de ce clochard céleste, dont l’écoute de vinyles originaux, et une exposition.

Il était aveugle, a très longtemps porté un casque de pseudo-viking, fut SDF pendant quelques décennies, publia des textes poétiques satiriques qui lui valurent de la prison, entretenait une pensée mystique autant inspirée des Amérindiens que du panthéon nordique, mais ne croyait plus en Dieu depuis qu’une amorce de dynamite lui explosa à la figure et provoqua sa cécité… Admiré par les minimalistes répétitifs et les grands noms du rock, le compositeur Moondog se considérait comme un compositeur classique.

Après avoir réalisé un travail d’archivage considérable et créé un site web* dédié, Amaury Cornut a publié en 2014 aux éditions Le Mot et le Reste la seule biographie française consacrée au « Viking de la 6ème Avenue » (ouvrage actualisé et ré-édité en 2017).
Depuis, il présente sa conférence sur le compositeur d’avant-garde tout en accompagnant le développement et les nouvelles créations de l’Ensemble Minisym qu’il a fondé pour jouer sur scène la musique de Moondog.
Il est également à l’initiative d’une exposition** qui comprend notamment 14 photos originales (dont certaines inédites) du compositeur, une partition géante, et une collection de vinyles originaux. La musique de Moondog n’ayant pas fait l’objet d’édition, Amaury Cornut ouvre à de nombreuses écoles de musique son fonds de partitions collectées au fil de ses recherches.

A l’angle de la 54e Rue et de la 6e Avenue, dans le Manhattan des années 50 à 70, les passants s’arrêtaient parfois pour écouter un mendiant à la longue barbe et coiffé d’un étrange casque de Viking, une couverture de bure sur les épaules, d’étranges percussions à la main, interpellant la foule en lui jetant sa poésie en patûre, philosophant à l’occasion…
Artiste de rue pendant plus de 25 ans à New-York puis en Allemagne, Moondog a puisé chez les classiques du Moyen Age, les Indiens d’Amérique ou encore dans le jazz, pour édifier une œuvre proche du courant minimaliste, mais pourtant totalement atypique, hors-temps. Moondog était une sorte d’avant-gardiste d’un autre âge.

Ce fils de pasteur est né dans le Kansas en 1916 : “Ma première école fut une cabane en rondins, à Burnt Fork, Wyoming, et mon premier professeur fut ma mère. Ma première batterie, à l’âge de 5 ans, fut une boîte en carton. En 1929, mon père a vendu son ranch et nous sommes partis dans l’Est, pour finir par acheter une ferme à Hurley, Missouri. Je me suis initié à la percussion au collège de Hurley,¬ c’est là aussi que j’ai perdu la vue, quand un bâton de dynamite m’explosa au visage. J’ai achevé ma scolarité dans une institution pour aveugles, dans l’Iowa où j’ai reçu une véritable formation musicale et découvert la musique classique. J’ai appris le violon, l’alto, le piano, l’orgue, l’harmonie ; je chantais avec une voix de basse dans le chœur. Mais le plus important, je l’ai appris tout seul, en lisant des livres en braille et en m’exerçant à écouter, afin de pouvoir transcrire sur le papier la musique que j’avais dans la tête. J’ai commencé à utiliser le nom de plume Moondog en 1947, en l’honneur d’un chien que j’avais eu enfant et qui hurlait à la lune comme personne.

Moondog enregistre plusieurs disques avec les moyens du bord — c’est-à-dire en se réenregistrant lui-même — où son style inimitable se précise et s’affine. Il attire peu à peu une foule de musiciens venus admirer ce barde d’un autre âge. Si le soir on le retrouve dans les clubs en compagnie de Mingus, Benny Goodman, Buddy Rich ou Miles Davis (selon la la légende), et même Charlie Parker avec lequel il devait enregistrer un disque, si celui-ci n’était pas mort prématurément. Il exerce une influence indéniable sur deux jeunes compositeurs new-yorkais, Steve Reich et Philip Glass, qui retiennent la leçon et jettent les bases d’un minimalisme grisant, fondé sur une pulsation simple, insistante. En 1974, invité pour un concert en Europe, il choisit de ne pas revenir et s’installe au cœur de la Forêt-Noire. Les plus chanceux l’auront même applaudi au Transmusicales de Rennes en 1988. L’artiste s’est éteint en 1999 en Allemagne, après avoir écrit près de 300 œuvres vocales et instrumentales (qu’il appela madrigaux, passacailles, canons, etc.) et plus de 80 symphonies…

Tout au long de cette conférence Amaury Cornut met à jour les liens qui existent entre cet artiste méconnu et des figures marquantes de la musique du 20ème siècle : de Steve Reich à Elvis Costello en passant par Janis Joplin, Leonard Bernstein, Frank Zappa ou le Quatuor Kronos ainsi que de nombreux jazzmen. À l’aide de photos inédites et d’archives sonores rares, cette conférence révèle cet artiste qui fut, dans les années 50, une figure emblématique des rues de New York et une influence pour ses pairs.

Nous avons également proposé à Amaury Cornut d’augmenter cette conférence d’une session d’écoute de vinyles de l’époque…


*www.fr-moondog.com
**coproduite par la Ville de Guérande et Musique & Danse en Loire-Atlantique

photos © Pierre Gondard, Stefan Lakatos

samedi 31 mars — 17.00

SAM 31 MARS 17.00

durée 2h00 environ

GRATUIT

Le PROJET MOONDOG est une initiative menée conjointement entre L’ESTRAN et le Conservatoire de Lorient avec le soutien du Département du Morbihan reliant :
– la résidence de Sylvain Rifflet au Conservatoire de Lorient
– la conférence MOONDOG À TRAVERS LE XXÈME SIÈCLE du 31 mars
MOONDOG INFLUENCES  les 07 et 08 avril
MECHANICS de  Sylvain Rifflet quartet le dimanche 08 avril 17.00