QU’EST-CE QU’ON ÉCOUTE ?

Guillaume Hazebrouck, pianiste nantais, nous présente, la veille du spectacle GoodBye Love, une sélection des musiques de sa vie en vinyles… On écoute, on découvre, on discute…

Nous avons pu écouter, commentés par Guillaume :

Sun Ra And His Astro Infinity Arkestra – Sun Thoughts (Infinity Inc 1969)
Sun Ra Moog Synthesizer
Alors que dans les années 1920 Marcus Garvey créait la compagnie maritime Black Star Line et prônait le retour à l’Afrique, trente ans après, Sun Ra prêche pour une « déterritorialisation » absolue — dés que j’évoque Sun Ra me vient en tête un vocabulaire emprunté à Deleuze. Inspiré par la conquête spatiale et par les comics américains, Sonny Blount change à maintes reprises d’état civil avant d’opter pour le nom de Sun Ra et déclare venir de Saturne. Toute sa musique semble organiser son retour, et celui de sa communauté imaginaire, vers ce soleil noir symbole de mélancolie. Face à la violence de la condition noire-américaine, Sun Ra opte pour une plongée dans la fiction, qui est aussi un retour à l’enfance. Et pendant qu’il joue avec son synthétiseur, me revient cette formule de Deleuze à propos du « devenir-enfant du musicien et du devenir-cosmique de l’enfant ».

Carla Bley / The Gary Burton Quartet with Orchestra – A genuine tong funeral (RCA 1968)
Carla Bley, comme Sun Ra, sont contemporains de ce moment particulier de l’histoire américaine qui voit la contre-culture passer d’un phénomène d’élite, porté par un cercle réduit de hipsters à la fois fascinés par le be-bop et la poésie « beat », à un phénomène de masse où la pop et le rock connaissent une diffusion mondiale. Face à ce changement de paradigme, Miles Davis, puis tous les bientôt convertis au jazz-rock, s’affubleront de tous les oripeaux, musicaux et vestimentaires de cette nouvelle contre-culture. La réponse de Carla Bley organise, elle, un pas de côté. Elle crée un ailleurs musical combinant le cabaret berlinois des années 20, Thelonious Monk, les musiques indiennes etc. La référence au cabaret ou au vaudeville américain, ces revues qui voyaient se succéder différents numéros, est prégnante puisque Carla Bley avait envisagé de présenter ce Dark opera without words sur scène avec des costumes et des lumières…

Jeanne Lee / Ran Blake – The Newest Sound Around (RCA 1961)
Season in the Sun
En 1961, Jeanne Lee et Ran Blake révolutionnent, par une fraîcheur et une spontanéité jamais égalées, l’exercice du duo chant-piano. Leurs interprétations des « standards » sont des recompositions dans lesquelles la mélodie originale est passée à travers les kaléidoscopes du clavier de Ran Blake. Sur les textures du pianiste, Jeanne Lee flotte en apesanteur. J’ai choisi, pour sa légèreté et son charme, le morceau le plus traditionnel de l’album, Season in the Sun. C’est une composition d’un obscur mais génial songwriter, Tommy Wolf.

Joni Mitchell – The Hissing of Summer Lawns (Asylum Records 1975)
The Jungle Line
Pour son premier album associant des musiciens de jazz (Bud Shank, Victor Feldman), la musicienne Joni Mitchell s’adjoint, pour le titre The Jungle Line, les services des tambours royaux du Burundi, dont la puissance percussive font saturer l’enregistrement, -ou était-ce prémédité ? Et est-ce un hasard si ce titre est une énième relecture du trope de la Jungle Urbaine, thème récurrent de la musique noire-américaine, de Duke Ellington au Jungle Brothers. Une seule certitude, cette ligne trouvera à s’insinuer quelques décennies plus tard jusque les arcanes de l’imagination d’une chanteuse islandaise — Björk, s’il fallait la nommer.

 

Et puis aussi :

Fatswaller -Lulu’s back in Town
Gary McFarland – Pecos Pete
Shirley Horn – The Blues ain’t nothing but some pain
Freddie Hubbard – Without a Song
Geri Allen – Open on all Sides
Paul Bley – Play Blue
René Bottlang – Samorales
Eddy Louis – Our kind of Sabi

samedi 06 janvier — 17.00

SAM 06 JAN 17.00

durée 2h00

GRATUIT, dans la limite des places disponibles (60).

Retrouvez Guillaume Hazebrouck dans le spectacle
GOODBYE LOVE le dimanche 07 janvier à 17.00